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[Actualité] MODOU LÔ SE LÂCHE «Balla n'est pas ma bête noire»


Rédigé le Vendredi 4 Octobre 2019 à 16:22 | Lu 1148 commentaire(s)


Entre deux avions depuis sa victoire sur l'ancien Roi Eumeu Sène, Modou Lô, qui nous avait donné rendez-vous chez lui, à Yoff jeudi, enfile sa nouvelle casquette de chef suprême des arènes pour revenir sur son combat royal, évoquer Balla Gaye 2 et donner une idée sur son nouveau plan de carrière.


Vous n'avez jamais cessé de répéter que vous serez un jour Roi des arènes. D'où puisiez-vous cette conviction ?

Permettez-moi d'abord de vous dire bonjour, à vous et à votre Rédaction dans son ensemble ainsi qu'à vos lecteurs. Dans la vie, on ne fait qu'avoir des ambitions et se donner les moyens de les atteindre. On fait ce qu'on a à faire et on laisse le reste entre les mains de Dieu. J'ai toujours eu la conviction que je le serai un jour. Alors, je ne peux que rendre grâce à Dieu de m'avoir permis de remporter la couronne.
 
Qu'est-ce que cela vous faisait d'entendre certains dire qu'avec son petit gabarit, Modou Lô ne serait jamais Roi?

J'en rigolais. Cette petite taille dont ils parlent ne m'a jamais empêché de mettre les bouchées doubles pour atteindre mon ambition. Je n'ai jamais ménagé aucun effort pour arriver au sommet de la lutte. Je pense donc que je mérite cette couronne, très modestement. Tant qu'il y a vie, il y a espoir, dit-on. Aussi, ceux qui avançaient de tels propos doivent comprendre que Dieu est au début et à la fin de tout. Il décide de tout.
 
Après quel combat avez-vous eu véritablement la conviction que vous serez effectivement Roi des arènes?

Je suis venu dans l'arène avec cette conviction. C'est après mon combat contre Less 2 que j'ai tout laissé tomber pour me consacrer à la lutte. Je me suis dit que si je m'y mets avec tout le sérieux et la rigueur que cela requiert, c'est une discipline qui peut bien me réussir, à plusieurs points de vue, même si je gagnais plus ou moins ma vie avec mon boulot. Quand j'affrontais Bombardier, qui avait alors la couronne, je m'étais dit que le titre de Roi des arènes était déjà aux Parcelles, sans avoir disputé le combat.
 
Comment avez-vous vécu votre première nuit en tant que Roi des arènes ?

Ceux qui me connaissent bien savent que rien ne m'émeut dans la vie. Comme je viens de le dire, c'est une conviction qui ne m'a jamais quitté. Naturellement, cela fait effectivement plaisir de se rendre compte que, par la grâce de Dieu, ce qui a toujours été un rêve est devenu réalité. Je n'ai pas tellement duré dans l'arène et voilà que Dieu m'a permis de réaliser ce rêve de tout lutteur. Si je n'étais pas devenu Roi des arènes, ma carrière aurait eu un goût d'inachevé. Cette première nuit, j'ai fait des nafilas et rendu grâce à Dieu.
 
Et, prime sur le gâteau, vous avez eu l'opportunité de disputer deux combats dans la saison...

C'est un autre motif de satisfaction, effectivement. La lutte est mon boulot et je ne peux cracher sur l'opportunité de disputer deux galas dans une même saison. Pourtant, quand je me suis engagé à affronter Eumeu Sène, j'ai entendu toutes sortes de commentaires. Ce sont souvent des gens qui ne maîtrisent rien de ce que l'on fait qui se permettent de faire des récriminations et autres. C'est une décision que j'avais prise en toute connaissance de cause. Je n'ai rien à éviter. Si ça ne dépendait que de moi, j'aurais disputé cinq combats par saison.
 
D'aucuns estimaient que vous devriez vous refaire mystiquement parce que vous auriez laissé des ailes dans ce combat contre Balla...

Qu'on s'appelle Modou Lô ou un autre, chacun des lutteurs sollicite des prières de ceux en qui il a confiance. Moi, j'ai foi en ceux qui prient pour moi.
 
Face à la presse, votre agent et manager Birame Gningue avait dit que vous aviez pris Balla pour ne pas faire une année blanche. Finalement, n'étiez-vous pas habité par un excès de confiance, dans ce combat ?

Je n'ai jamais perdu, et je ne perdrai jamais par excès de confiance. Ce que j'ai enduré dans ce combat, je ne dirais pas que c'était une première mais cela faisait bien longtemps que je n'avais pas aussi bien travaillé dans un combat. Je vous rappelle que je me suis déplacé en Espagne avec quinze personnes et nous avons abattu un travail colossal. Mais, l'arène est ainsi faite. Quand on gagne on est le meilleur, on a eu la meilleure stratégie et la meilleure préparation et je ne sais quoi encore. Mais, il suffit de perdre pour qu'on efface tout et qu'on te traite de tous les péchés mignons. C'est aussi simple que cela. J'ai un plan de carrière qui m'indique clairement la voie à suivre et les potentiels adversaires. Balla Gaye 2 était un adversaire logique et nous nous sommes affrontés. C'est tout.
 
Après votre combat contre Balla, vous êtes reparti aux USA pour préparer Eumeu. Peut-on considérer que l'Espagne et l'Europe étaient juste une parenthèse ?

Dans la vie, les stratégies et les positions peuvent changer. Contre Eumeu, je ne voulais pas fatiguer encore tout ce beau monde. J'ai alors choisi d'aller seul aux USA que je maîtrise parfaitement pour m'y être préparé à plusieurs reprises. C'est un groupe de talents où nous nous complétons les uns les autres. Papa Sow apporte à Modou Lô, qui apporte à Franc, qui apporte à Gora (Sock)... Nous sommes un groupe de lutteurs où chacun a ses spécificités et met son savoir-faire au service du collectif.
 
Vous semblez vous glorifier de ce 100% Parcelles au moment où le président du CNG plaide pour des combats entre lutteurs d'un même quartier, d'une même ethnie... Que vous inspire cette réflexion de Dr Alioune Sarr ?

Il y a des choses que l'on ne peut imaginer. Papa Sow et moi habitons presque le même quartier. Je jure que je ne l'aurais jamais affronté si ce n'était dans un CLAF. Chacun voulait se tracer une voie et faire du chemin. Quelqu'un, comme Gora Sock a été d'abord à Rock Energie avant d'aller à Door Dooraat. Nous n'avons pas attendu d'atteindre un certain niveau pour nous mettre ensemble. C'est trop serré et compliqué. Néanmoins, il y a une certaine façon de faire que je ne cautionne pas du tout.
 
De quelle façon de faire s'agit-il ?

Quand vous n'avez jamais eu des relations dans la vie, je ne crois pas qu'il faille attendre d'avoir disputé un combat leader pour se mettre ensemble. Moi, par exemple, j'évite même d'avoir certaines relations avec des lutteurs qui ne sont pas des Parcelles, la lutte étant ce qu'elle est. À la limite, j'ai peur d'entretenir des relations avec certains lutteurs. Tu peux être ami avec quelqu'un qui doit affronter tel autre... C'est compliqué...
 
Dans quel combat avez-vous eu la meilleure forme physique de votre carrière ?

Une forme physique, on ne l'apprécie pas uniquement par un corps. La forme physique, on la ressent intérieurement parfois. Maintenant, il peut arriver qu'on augmente ou diminue de poids en fonction de son adversaire. Aussi, il peut arriver qu'on manque de récupération dans un combat.
 
Justement, on vous a reproché de n'avoir pas suffisamment récupéré, lors de votre combat contre Bombardier...

Pourtant, non. Je ne triche pas dans mes combats. Quand on joue avec sa préparation, on ne dort même pas bien car sachant intérieurement qu'on n'a pas bien travaillé. On ne peut tromper les gens. Quand j'ai un combat, je travaille très dur.
 
Il se dit qu'à un moment, Eumeu avait gagné la bataille mystique et que vous ne vous êtes ressaisi qu'à quelques jours du combat. Est-ce vrai ?

I
l faut que les gens arrêtent de faire de la météo mystique, uniquement quand arrivent les grands événements. Nombreux sont les marabouts qui font des pronostics, exactement comme le font les supporters. Si ça tombe juste, ils se font des dieux. Le cas contraire, ils repartent dans leur coin et gardent le plus grand silence. De toute ma carrière, je n'ai jamais eu le sentiment d'avoir été mystiquement atteint dans un combat. C'est dans la tête. Les prédictions ont ceci de négatif qu'ils découragent les supporters et empêchent certains d'aller au stade, par exemple.
 
Avant votre combat contre Eumeu Sène, vous est-il arrivé de penser un seul instant que vous le battrez de la façon dont vous l'avez battu, avec un KO si cruel ?

C'est la lutte et tout est possible. C'est une discipline imprévisible. Quand on va dans un combat, on y va avec beaucoup de force physique, en ayant fait beaucoup de contacts et de séances de boxe. On a bien dit lutte avec frappe. Je n'étais pas venu pour boxer Eumeu. Je voulais juste avoir une ouverture pour faire de la lutte sans frappe.
 
Êtes-vous d'accord avec ceux qui disent que Balla Gaye est meilleur que Modou Lô pour l'avoir battu deux fois, comme vous êtes meilleur qu'Eumeu, lui-même meilleur que Balla ?

Personne n'est meilleur qu'un autre. Je n'y crois pas. Il arrive que, dans une écurie, un lutteur terrasse tout le monde pendant les entraînements. C'est le sport qui est ainsi fait.
 
Balla Gaye n'est donc pas votre bête noire ?

Du tout. Dieu a juste fait qu'il a deux victoires sur moi. C'est tout.
 
Pour certains, en dix combats, Balla vous battrait dix fois. Que leur répondez-vous ?

Ceux qui le disent racontent leur vie (il se répète).
 
Vous pensez alors pouvoir battre Balla Gaye 2 ?

Si je dois douter de mes capacités à battre un lutteur dans l'arène, qui qu'il puisse être, je préfère dénouer le nguimb et aller faire autre chose.
 
Comment avez-vous vécu le débat sur le titre de Roi des arènes que beaucoup estimeraient que vous ne le méritiez pas ?

Avec beaucoup d'amusement. Même quand père (Birame Gningue) a dit qu'il allait tenir une conférence de presse pour répondre, je lui ai répondu que cela n'en valait pas la peine. Comme on dit, le chien aboie, la caravane passe. La couronne n'existe que de nom. Aucune prime n'est liée à cette distinction. Elle n'est ni en diamant ni en or. Dieu a fait que je suis l'actuel Roi des arènes et nul n'y peut rien. Ceux qui le disent sont soit de mauvaise foi, soit ne sont pas des supporters. Avec la carrière qui est la mienne, aussi courte et insignifiante soit-elle, les gens peuvent quand même dire si oui ou non je mérite la couronne.

Réalisé par Abou NDOUR
RECORD n° 0535 du 4 octobre 2019



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