[Avis d'expert] Rio 2016: le Sénégal ou la Jamaïque de la Lutte ?


Rédigé le Mercredi 29 Août 2012 à 22:25 commentaire(s)


Les J.O sont terminés et l’Afrique a obtenu 35 médailles au total, dont 11 en or, l’équivalent des résultats d’une nation comme la France. Avec son milliard d’habitants et sa cinquantaine de pays, le continent africain fait donc jeu égal avec la France et ses soixante millions d’habitants. Si l’on approfondit juste un peu, on constate que l’Afrique de l’Ouest ne ramasse aucune médaille. Au final, des résultats inférieurs à ceux de Pékin 2008.


[Avis d'expert] Rio 2016: le Sénégal ou la Jamaïque de la Lutte ?
Parallèlement à cela, un petit pays comme la Jamaïque et ses trois millions d’habitants surclasse les plus grands et riches pays du monde, tout particulièrement dans le domaine du sprint. 100m, 200m, relais, Bolt, Blake, Campbell, Fraser, … ces athlètes, masculins et féminins, ont démontré depuis quelques années et aux yeux du monde entier qu’il existe vraiment une grande tradition de la course à pied et une authentique école du sprint de niveau mondial.

Dans les années 1980, lorsque je débarquais au Sénégal en tant que professeur d’EPS spécialiste de lutte olympique et de sciences humaines au CNEPS de Thies, j’étais loin de me douter de l’importance du phénomène « lutte traditionnelle » et « lutte avec frappe » dans ce pays de dix millions d’habitants. A cette époque là, il existait une différence notable entre les styles olympiques et les différentes formes de lutte pratiquées par les Peuls, les Toucouleurs, les Wolofs, les Sérères, les Diolas : la lutte olympique, et donc la lutte libre, demandait une bonne connaissance de gestes techniques au sol.

Malgré cela, lorsque je suis devenu, à la demande du ministre François Bob, entraîneur national des lutteurs sénégalais, certaines écuries de Dakar ont joué le jeu pour envoyer leur leader afin de défendre les couleurs du drapeau national lors des Jeux Africains de 1987 à Nairobi. Double Less, Ambroise Sar, Cheikh M’Baba, Djib Diouf, Docteur Faye, puis plus tard Mor Fadam, Tapha Guèye, Toubabou Dior et le jeune Tyson sont montés sur les podiums continentaux. Et pourtant, les conditions d’entraînement étaient plus que précaires : peu de séances, peu d’équipements, peu de musculation, une alimentation déséquilibrée, pas de projection vidéo, … Cela ne les empêchait pas de lutter certains dimanches pour gagner des cachets qui, à l’époque, étaient considérés comme importants.

Puis les temps ont changé : la lutte avec frappe est devenue un super-business, toujours gérée par un CNG afin d’éviter les gros dérapages qu’avait déjà anticipé en son temps Léopold Sédar Senghor . Au fil des ans, le Sénégal s’est transformé en une grande nation de lutte : des arènes bien tracées, des combats bien organisés, des lutteurs bien préparés, des promoteurs bien « friqués », un CNG bien attentionné. Aujourd’hui, nombreux sont les jeunes qui n’aspirent qu’à une seule chose : devenir le roi des arènes. A partir de là, les écoles de lutte se sont multipliées, les pratiquants sont devenus plus nombreux, les plages de la presqu’île sont de véritables salles d’entraînement à ciel ouvert et, comme dans tous les sports où l’argent coule à flot, le dopage fait progressivement son chemin.

Mais il est une chose qui, de simple tradition s’est transformée en une véritable richesse : la lutte pratiquée au Sénégal est d’une grande qualité technico-tactique. Les Yékini, Balla Guèye 2, Modou Lô, Bombardier, Gris Bordeaux, Tapha Tine, Eumeu Sène et tant d’autres possèdent des qualités de combattant exceptionnelles. Ce potentiel est uniquement mis au service de la lutte avec frappe qui rapporte. Oublié le drapeau national, oubliées les grandes compétitions internationales, oubliés l’amour du pays et la fierté d’être Sénégalais. Or, jamais comme aujourd’hui, le règlement de la lutte libre olympique n’a été aussi proche du règlement de la lutte traditionnelle, jamais les conditions d’entraînement n’ont été réunies comme elles peuvent l’être au Centre FILA de Thies, jamais les outils d’une détection sur tout le territoire national n’ont été aussi présents.

 L’heure du choix olympique est arrivée : soit le Sénégal, sans pour autant tourner le dos à la tradition, aspire à obtenir des titres sportifs au plus haut niveau mondial et devient la Jamaïque de la Lutte, avec tout ce que cela représente comme notoriété mondiale ; soit le Sénégal continue à s’enfermer dans une tradition qui enrichit certains et pour laquelle le peuple s’identifie uniquement en partisan de telle ou telle écurie, sans ambition internationale, ambition qui permettrait de porter haut, et il en a les moyens, les couleurs de l’Afrique.
Rio 2016, c’est demain …

        Frédéric RUBIO / expert Confejes-Fila












LA REVENGE : ACTE 2

Balla Gaye 2/Modou Lô

 

             

 



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