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BALLA DIOUF SUR LES DIFFICULTES DE L’ECURIE FASS «Gris Bordeaux ne peut m’expulser de l’écurie»


Rédigé le Vendredi 20 Juillet 2012 à 10:16 | Lu 11412 commentaire(s)


Pendant des semaines, Balla Diouf accumulait les frustrations, la déception et l’inquiétude. Cœur de Lion n’en peut plus et a décidé de rompre le silence pour asséner ses vérités. Toutes crues.
Balla, il semblerait que vous avez été chassé de l’entraînement après la séance du lundi 9 juillet. Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
Je rends grâce à Dieu, d’abord. Honnêtement, je pense qu’il ne s’est rien passé. Je voudrais bien avoir la réponse à cette question. Malheureusement, je n’ai aucune information venant de l’écurie. Depuis lors, je suis resté dans mon coin, espérant avoir une réponse. Mais en vain.


Balla Diouf à côté de Gris Bordeaux lors de son combat face à Eumeu Sène
Balla Diouf à côté de Gris Bordeaux lors de son combat face à Eumeu Sène

Mais si l’on vous a chassé, c’est parce qu’il y a une raison, vous ne pouvez pas le nier ? 
D’abord, personne ne m’a chassé de l’écurie, encore moins de l’entraînement. Tout cela est faux. Après ma défaite devant Modou Anta le 3 juin, j’avais droit à une semaine de repos. Malgré les frustrations, je suis resté dans mon coin. Digne ! J’ai passé tout ce temps à observer, à m’interroger, à consulter mes proches et remercier les gens qui m’ont aidé lors de mon dernier combat. Quand j’ai fini tout cela, je me suis dit que mon ami et frère, Gris Bordeaux avait un combat important, il était de mon devoir d’être à ses côtés, de l’assister à l’entraînement. C’est avec cette volonté de donner le meilleur de moi-même pour aider Gris Bordeaux, que je suis allé à l’entraînement (le lundi qui a précédé le combat contre Modou Lô).

À l’entraînement, j’ai reçu un message de ma femme sur mon téléphone et naturellement, je me suis mis à répondre. Dans le feu de l’action, je vois Gris, mon ami, en train de dire des choses à l’entraîneur. J’ai entendu mon nom. Je suis resté à ma place, mais les entraîneurs ne m’ont rien dit et je suis rentré à la fin de la séance. Le mardi, les entraîneurs m’interpellent pour me dire que Gris ne veut plus que je filme ses séances. Si tu persistes, il ne viendra plus. Je n’en revenais pas.

Je leur ai dit : à quoi bon filmer Gris Bordeaux ? Je ferai quoi avec ? Quelle serait ma motivation ? L’idée ne m’a jamais traversé l’esprit. Dans la discussion, ils (les entraîneurs) me disent : Gris a même décidé de changer de lieu d’entraînement si tu continues à prendre part aux séances. Je suis de l’écurie, j’y suis responsable et je me tue pour elle. Pour ne pas perturber sa préparation, j’ai eu la présence d’esprit et la hauteur de dire aux entraîneurs : je m’en vais. Je ne viendrai ni aux entraînements ni au combat. Mais je voudrais qu’on en parle entre personnes responsables. Jusqu’à présent, personne n’a soulevé le débat. Donc, comme tout le monde, je me pose cette question : qu’est-ce qui se passe ?

«Je ne suis l’espion de personne»

Ils ont fait ces rapprochements ; c’est la première fois que vous êtes revenu à l’entraînement depuis votre défaite. Deuxièmement, il y a une complicité entre vous et Biram Gningue, parrain de Modou Lô. Bref, on vous accuse en quelque sorte d’espionnage ?
Je ne suis l’espion de personne. Je ne ferai jamais une telle chose. Je suis digne. On peut tout me reprocher sauf ces bassesses. Cela ne me ressemble pas. Pour autant, ma complicité avec Biram Gningue ne date pas d’aujourd’hui, c’est de notoriété publique. Je ne suis pas le seul à entretenir une telle relation avec lui. Gris Bordeaux, Papa Sow et l’encadrement de Fass, y compris Tapha Guèye, ont des rapports plus intimes avec lui. Gris rend visite à Biram, ils font des choses ensemble. Donc, les soupçons, il faut les chercher ailleurs.

Je suis resté longtemps sans voir Biram (Gningue). J’ai été surpris et déçu. Pour moi, Fass est une famille et j’en suis membre à part entière. Si l’on devait sacrifier sa vie pour que Fass gagne, j’allais le faire. Je me suis toujours battu pour l’écurie. Je veux des explications de la part des dirigeants et de Gris Bordeaux lui-même. C’est mon ami, il devait venir m’entretenir de la question plutôt que de passer par les entraîneurs.

Mais êtes-vous d’accord que si les gens en sont arrivés à vous demander de ne plus venir à l’entraînement pour ne pas gêner Gris Bordeaux, c’est parce que la confiance est rompue ?

Rompue de leur côté ! Je ne suis pas du genre à avoir des préjugés sur les gens. Je ne crois qu’en Dieu. J’ai une confiance aveugle dans les autres et suis quitte avec ma conscience.

Mais il n’y a pas de fumée sans feu, qu’est-ce qui est derrière tout cela ?
Ils n’ont rien à me reprocher. Je me tue pour eux. Ils disent que je suis resté longtemps sans venir à l’entraînement, cela n’est qu’un prétexte. J’ai préparé pendant 4 mois mon combat contre Tidiane Faye et deux mois celui contre Modou Anta. Pendant tout ce temps, je venais aux entraînements. Certains sont partis en voyage au moment où je préparais mon combat. Ils ne m’ont pas assisté. Contre Modou Anta, Gris était à Dakar, mais ne venait pas aux entraînements. Il est parti en Espagne à quelques jours du combat. C’est mon ami, nous avons grandi ensemble, l’élégance voudrait qu’il prenne son téléphone pour m’appeler. Il ne l’a pas fait. N’empêche, je suis allé à l’entraînement pour le soutenir.

«Les dirigeants sont à l’origine des clans à Fass»

Et les dirigeants dans cette histoire….
Fass n’a pas de dirigeants, mais un président. Dans les autres écuries, les dirigeants viennent à l’entraînement pour galvaniser les troupes et encadrer les plus jeunes. Ils ne restent pas chez eux à attendre un incident pour se réunir à deux ou trois et prendre des décisions. L’écurie Fass doit être professionnelle dans sa démarche. Elle doit avoir un encadrement dynamique, des dirigeants proches des lutteurs pour mieux les encadrer. Les problèmes, on en parle à Fass, mais jamais il n’y a eu de réunions, ne serait-ce que pour juguler le mal. C’est ce qu’on attend d’eux, mais pas des problèmes. Les lutteurs étaient unis au moment où eux, ils se faisaient la guerre.

Voulez-vous dire que les dirigeants sont la source du problème?
Effectivement ! Certains d’entre eux ne viennent à l’écurie que quand leurs poulains ont des combats.

Des clans au sein de l’écurie ?
Oui, il en existe. Je suis de l’écurie Fass, je n’en dirais jamais du mal, mais c’est la triste réalité. Chaque dirigeant est dans son coin avec son lutteur. Les autres lutteurs qui n’ont pas de parrain ne représentent rien du tout pour eux. Cela est la source de toutes les frustrations. Fass n’a plus ces dirigeants de renom qui faisaient sa fierté.

Il y a aussi le cas Moussa Gnignue, les gens ont beaucoup parlé de son départ. Quelle est la vérité sur cette histoire ? 
À Fass, on devrait plutôt rendre hommage à Moussa Gningue. Il a fait tout ce qu’il avait à faire. Tout. Mais si on n’a plus les mêmes sensations, on peut légitimement se retirer, d’autant plus qu’il a des enfants. Il n’a rien fait à personne et est ouvert à tous ceux qui ont besoin de ses services.

«Depuis qu’il est à la retraite, Tapha Guèye ne pense qu’à lui»

Mais à Fass, les problèmes ont surgi après le départ de Moustapha Guèye….
C’est vrai ! Il a été chef de file de l’écurie pendant des années. En tant que ses jeunes frères, nous l’avons accompagné de la meilleure des manières. Nous nous sommes battus pour qu’il revienne (à son meilleur niveau) au moment où il était en fin de carrière. Aujourd’hui qu’il est à la retraite, il devait au moins se soucier de ses jeunes frères qui étaient là pour lui. C’est l’écurie qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui.

Tapha vous a donc lâchés ?
Je suis désolé de le dire, mais depuis qu’il est à la retraite, il ne pense qu’à lui. Pis, il chante les louanges des autres lutteurs et nous traîne dans la boue. Pour nous, c’est frustrant. Tous les lutteurs qui ont quitté Fass l’ont pointé du doigt. À chaque fois qu’on parle d’un problème à Fass, on cite son nom. Parce qu’il ne joue pas son rôle. Birahim Ndiaye, Mor Fadam… Ils sont allés encadrer les jeunes quand ils ont arrêté la lutte. Ils leur transmettent le savoir. Mais nous nous sommes battus pour notre grand frère, nous l’avons accompagné dans sa carrière jusqu’à ce qu’il parte à la retraite. En retour, il nous a lâchés. Il nous dénigre. Je le déplore. Il doit revoir sa façon de faire.

Pourtant, Tapha Guèye est le directeur technique de l’écurie ?
Un directeur technique qui ne vient pas à l’entraînement et n’assiste pas ses poulains au stade, n’en est pas un.

Peut-être qu’il est pris par son métier de consultant….
Balla Gaye est un grand consultant, il dirige la plus grande école de lutte du pays. Il assiste ses poulains, ce qui ne l’empêche pas d’exercer son métier de consultant.

«Gris Bordeaux ne peut m’expulser de l’écurie Fass»

Et quelle est la part de responsabilité de votre leader, Gris Bordeaux. A-t-il cette faculté à rassembler ? 
Un leader doit être équidistant par rapport aux chapelles, savoir pardonner, avoir un esprit de groupe et savoir manager. Il ne doit pas tout le temps étaler ses états d’âme. En cas de problème, il doit aller vers l’autre pour chercher à comprendre. Un leader doit rassembler et non diviser.

A votre avis, Gris Bordeaux est-il un leader ? 
Jusqu’au moment où je vous parle, nous l’avons toujours considéré comme le leader de l’écurie. C’est indéniable. J’ai fait une définition du leadership, mais cela ne veut pas dire que mes propos lui sont destinés.

Est-ce qu’il incarne ces vertus ? 
Je ne peux rien en dire. Pour le moment, je me pose des questions et j’ai besoin d’avoir cette discussion avec Gris pour savoir ce qui se passe.

Pour revenir à vous, il se dit que vous n’aviez pas eu l’accord des dirigeants pour affronter Tidiane Faye ? 
C’est faux ! J’en ai discuté avec Tapha Guèye, Abass Ndoye, le président et Thierno Dramé. Seul ce dernier avait émis des réserves, mais a fini par donner son accord quand je lui ai donné mes arguments.

À l’état où en est la situation, quel est votre avenir à Fass ? 
Personne ne peut m’expulser de l’écurie Fass. Ni Gris Bordeaux, ni Moustapha Guèye, ou Mbaye Guèye. Je suis Fassois. J’y suis et j’y reste, tant mieux s’ils me font confiance, sinon, tant pis.

Saliou GACKOU

Source : L’OBS n°2649 du 19 juillet 2012




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