Coups de poing et trois appuis : Avis d'un expert et spécialiste de la lutte


Rédigé le Samedi 18 Avril 2015 à 20:52 commentaire(s)



Coups de poing et trois appuis : Avis d'un expert et spécialiste de la lutte

Les coups répétés à la tête peuvent ébranler le cerveau à l’intérieur de la boîte crânienne. Cet ébranlement répétitif conduit parfois à une hémorragie ou à un hématome pouvant comprimer le cerveau. Cette compression peut alors avoir des conséquences graves pour l’individu. C’est pour cela que la pratique de la boxe a exigé, dès le XIX° siècle, le port de gants et l’interdiction de frapper derrière la tête. Cela n’a pas empêché la dégradation physique de certains boxeurs qui se sont retrouvés, en vieillissant, avec d’importantes pertes de mémoire, des séquelles au niveau de la vue, des paralysies partielles ou totales du corps, le déclenchement prématuré de maladie comme celle de Parkinson, etc …
 
La lutte avec frappe, issue des pratiques de combat datant de l’époque du Royaume du Cayor, a été codifiée pour attirer le public dakarois particulièrement à l’après-guerre. Mélange de boxe et de lutte, la chute a toujours été synonyme de défaite pour l’un, de victoire pour l’autre.
 
Issue des différentes formes de lutte traditionnelle appartenant au patrimoine culturel sénégalais, comme dans tous les sports, les règles de la lutte avec frappe ont évolué pour la rendre plus spectaculaire et davantage « télévisuelle ». Reste l’intégrité physique du combattant : jusqu’où peut-on laisser s’exprimer l’agressivité des lutteurs en tenue traditionnelle pour que le combat soit à la fois engagé et sans danger ?
 
Aujourd’hui, certains sports de combat interdisent les frappes au sol, d’autres les frappes par derrière. Ce n’est pas une raison pour les copier, à condition bien sûr que le danger soit toujours minimisé – limité – contrôlé. 
Pour ce faire, deux préalables doivent être remplis :
 
1°/ Faire en sorte que le bagage technique des lutteurs leur permette à la fois de frapper et de se protéger. Leur permettre également d’élargir ce bagage pour qu’ils puissent, dans les situations de domination, comme placé derrière:
-terrasser un adversaire en tant qu’attaquant (par exemple l’allonger à plat ventre) sans pour autant être obligé de le frapper pour le déséquilibrer ;
-se remettre debout en tant que défenseur et revenir face à l’attaquant.
 
2°/ Faire en sorte que les arbitres soient formés au mieux pour qu’ils puissent anticiper toutes actions susceptibles d’être dangereuses (comme c’est le cas en Judo lors des clefs ou des étranglements).
 
Cela suppose donc une meilleure formation des lutteurs avec frappe, pour que l’esprit de la lutte soit toujours présent, en ne privilégiant pas uniquement la frappe lors des combats.  Cela suppose également une parfaite formation des arbitres capables de reconnaître et donc de prévoir, au cours d’un combat, la ou les situations pouvant atteindre l’intégrité physique des lutteurs.
 
Les dangers que véhicule la lutte avec frappe sont aujourd’hui nombreux et connus de tous. Parmi ceux-là, il est essentiel pour l’avenir de cette pratique sportivo-culturelle que le pugilat (bagarre à coups de poing) ne prenne pas systématiquement le pas sur la lutte au corps à corps. Pour l’instant, cela ne semble pas être le cas … mais peut-être que des précisions seront à prévoir un jour dans certains domaines de la réglementation. Faisons confiance pour cela aux instances dirigeantes.
 
Frédéric Rubio
Spécialiste de lutte olympique et de lutte africaine
 
 
 










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