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[ ENTRETIEN ] SERIGNE MODOU NIANG, LE PROMOTEUR DE L'ALTERNANCE «Le public représente 60 à 70% de l'économie de la lutte»


Rédigé le Jeudi 14 Janvier 2021 à 13:24 | Lu 1314 fois | 0 commentaire(s)


Serigne Modou Niang est un promoteur taciturne. Mais s'il décide de parler, il le fait avec sincérité. Zappé par Matar Ba lorsqu'il formait l'actuelle équipe gouvernante de la lutte, le boss de Mouniang Productions ne se sent pas ébranlé et affirme qu'il n'est pas intéressé par un poste au CNG. Le promoteur de l'Alternance a également accepté de donner son avis au sujet de la reprise des combats à huis clos.


[ ENTRETIEN  ]  SERIGNE MODOU NIANG, LE PROMOTEUR DE L'ALTERNANCE «Le public représente 60 à 70% de l'économie de la lutte»
Entretien
 
Serigne Modou Niang, pourquoi ce silence assourdissant depuis quelque temps?
La raison est toute simple à expliquer. Tout le monde sait que le monde entier a été brusquement envahi par la maladie de la Covid-19. Les activités, notamment celles sportives ou de la lutte, ont été suspendues. Je ne pouvais pas faire autrement. J'étais obligé, comme tout le monde d'ailleurs, d'accepter la volonté divine. Voilà pourquoi, je suis resté dans mon coin an attendant que Dieu nous délivre de cette triste situation.
 
La saison 2019-2020 n'a duré que cinq mois. Avez-vous vécu une saison pareille depuis que vous êtes dans l'arène en tant que promoteur ?
Je suis dans l'arène depuis 1998. Le problème : c'est que dans le passé, on n'organisait que quelques combats de lutte dans une saison. Moi qui suis là depuis 1998 ; en 1999 déjà, j'avais tenu sept journées de lutte avec frappe. Et c'était le plus grand nombre de journées de lutte organisées par un promoteur lors de l'exercice sportif. Cela veut dire qu'actuellement l'arène accueille plus de journées de lutte que par le passé. Lors de la saison 2019-2020, ma structure a organisé, de novembre à mars, 9 journées de lutte avec frappe. Cela montre que Mouniang Productions était dans la bonne voie pour offrir aux puristes beaucoup plus de galas. Mais l'homme propose, Dieu dispose. On accepte la volonté du Tout-Puissant.
 
Avez-vous eu des regrets avec cette saison corona 2019-2020 ?
J'avais effectivement promis d'organiser chaque week-end un gala de lutte. J'avais organisé le samedi 14 mars 2020. C'était ma dernière journée avant l'arrêt des compétitions de lutte. Le 22 mars 2020, je devais organiser une belle journée à l'arène nationale. Le 29 mars 2020, j'avais aussi programmé un gala au stade municipal de Bargny. La maladie de Covid-19 avait freiné mon élan. Mon grand regret, c'est vraiment le fait que je n'ai pas pu organiser le drapeau de mon «père», le président Abdoulaye Wade. Si je déroule ma saison sans tenir le drapeau du président Wade, ça me donne un goût d'inachevé. C'est peut-être cela mon regret. Mais, encore une fois, je me plie à la volonté du Bon Dieu.
 
Avec le recul, quels enseignements tirez-vous de cette saison 2019-2020 qui a été inachevée ?
Je vais encore me répéter : c'est la volonté de Dieu. Donc, on s'y plie sans grand regret. Le Grand Seigneur programme tout dans la vie. Acceptons-le ainsi tous ensemble. Si le Bon Dieu décide de siffler la fin d'un épisode ou de quelque chose, il le fait sans avertir personne.
 
Justement, le mandat de Dr Alioune Sarr a pris fin cette année après 26 ans de gestion. Quelle lecture en faites-vous ?
Le départ de Dr Alioune Sarr s'inscrit dans la marche normale de la vie. Il était prévu, par le Bon Dieu, qu'il devrait quitter cette année. C'est ce qui s'est produit. Mais, il faut reconnaître qu'Alioune Sarr a beaucoup fait pour la lutte. J'ai fait 22 ans avec lui. Donc, je suis très bien placé pour dire qu'il a fait avancer l'arène. Nous sommes contents de ses acquis. Je n'ai personnellement jamais eu de problème avec Alioune Sarr, pendant tout le temps qu'on a vécu ensemble.
 
Quels étaient ses manquements ?
Nul n'est partait. Mais par rapport à mon long compagnonnage avec Alioune Sarr, je n'ai vu aucun défaut chez lui. Je ne dis pas qu'il n'en avait pas. Mais, je ne l'ai personnellement jamais remarqué dans nos rapports.
 
Quels étaient les acquis d'Alioune Sarr qui vous ont le plus marqués ?
Ce qui m'a le plus marqué chez Alioune Sarr, c'est l'équité qu'il symbolisait. Quels que soient les différends ou bruits, Alioune Sarr était tout le temps au-dessus de la mêlée. Il traitait tout le monde sur le même pied. Moi, Serigne Modou Niang, je le lui reconnais sincèrement. Autre chose : c'est qu'Alioune Sarr est un responsable, mais il est un personnage de haut prestige qui est très discipliné (dafa nek mak bou yaarou).
 
Vous devrez bien connaître Bira Sène en ce sens, qu'en tant que promoteur de la décentralisation, vous organisez dans toutes les régions. Que retenez-vous du nouveau président du CNG?
Je connais effectivement le président Bira Sène. Lorsque j'organisais des galas de lutte à Kaolack et Guinguinéo, Bira Sène était le président du CRG de Kaoiack. Je gérais mes manifestations sous son commandement. J'avais organisé un très grand gala, dont le grand combat qui avait opposé Mamadou Diouf Sogas et Ouza Sow de Fass. C'était un événement parrainé par le responsable politique de Guinguinéo, Souleymane Ndéné Ndiaye. L'événement avait tiré en longueur. Il avait pris fin vers minuit. Lors de la même manifestation, il y avait un autre grand combat. Un affrontement qui avait mis aux prises Babacar Diallo et Yaro Bakh. Le CNG venait de sortir un règlement sur la disqualification. Babacar Diallo avait mobilisé son public jusqu'à Guinguinéo. Quand l'affrontement a duré, ses fans ne pouvaient pas comprendre que le combat continue de tirer en longueur et qu'aucun des lutteurs n'a été déclaré vainqueur par les arbitres. Lorsque le public voulait gâcher la manifestation, Bira Sène, Souleymane Ndéné Ndiaye et moi avions tous opposé un niet catégorique. Et le gala avait pu être achevé avec au final la victoire de Mamadou Diouf sur Ouza Sow. La manifestation avait été une très grande réussite. Et le lundi qui a suivi ce drapeau de Souleymane Ndéné Ndiaye, celui-ci a été nommé Premier ministre du Sénégal par le président Wade.
 
Pensez-vous que Bira Sène est capable de relever le défi ?
Je sais qu'il a été un président de CRG. Aussi, je pense qu'il était le coordonnateur des présidents de CRG du Sénégal. Donc, il était un proche collaborateur du Dr Alioune Sarr. Alors, à mon sens, quelqu'un qui a eu toutes ces responsabilités-là, il est capable de remplacer Alioune Sarr et réaliser de bons résultats. Maintenant, pour que Bira Sène puisse remplir sa mission avec brio, il faut que toutes les composantes de l'arène le soutiennent. S'il n'est pas aidé par l'ensemble des acteurs de la lutte, il ne peut pas réussir. Je demeure convaincu que si le président Bira Sène est soutenu par le monde de la lutte, il parviendra à produire des résultats positifs.
 
Le président du CNG a démarré sa mission en baissant le coût des licences. Comment appréciez-vous de telles mesures ?
Bira Sène a pris de très bonnes mesures. Actuellement, la vie est dure à cause de la maladie de la Covid-19. Donc toute mesure, allant dans le sens d'alléger les charges aux acteurs de la lutte, ne peut qu'être salutaire. Nous félicitons alors Bira Sène pour les premières mesures qu'il a prises. Il ne peut qu'en tirer des bénéfices.
 
Vous n'avez pas été consulté par le ministre des Sports Matar Ba, lorsqu'il constituait le nouveau bureau du CNG. Quelle lecture en faites-vous ?
En réalité, je n'en sais pas grand-chose. Seul le ministre des Sports sait pourquoi il ne m'avait pas convoqué pour recueillir mon avis. Si quelqu'un qui doit être consulté parmi les premiers est snobé, personne ne peut rien y comprendre. Ce que je sais, c'est que Matar Ba est du parti de Macky Sall, moi je suis avec Me Abdoulaye Wade. Je suis quelqu'un qui est fidèle en amitié. Retenez tout de même que cela ne me dérange point. Les acteurs de la lutte savent qui je suis. Je suis respecté par ce que je fais. De 1998 jusqu'à l'an 2000, j'ai été le seul promoteur qui organisais des manifestations de lutte. Ancien ministre des Sports, Joseph Ndong m'avait reçu en audience avec Alioune Sarr. Ce dernier avait dit à l'autorité en charge du Sport de l'époque, que Serigne Modou Niang était quasiment le seul promoteur qui organisait des combats. Depuis lors, chaque fin de saison, le ministre Joseph Ndong m'adressait une lettre de félicitations et de remerciements. Ce que je peux accepter de Matar Ba, c'est qu'il est en train de bien travailler. Je sais aussi que nos grands-parents ont collaboré ensemble dans le Kadior. S'il ne me consulte pas, du fait que nous ne sommes pas du même parti politique, ça ne me dérange pas. Je respecte vraiment Matar Ba pour tout ce qu'il est en train de faire comme boulot dans le secteur du Sport.
 
On a vu que Matar Ba a intégré certains promoteurs dans l'équipe du CNG. Est-ce qu'il devrait également le faire pour vous ?
Pour dire vrai, je ne suis pas intéressé par le CNG. Je ne veux vraiment pas faire partie de l'instance dirigeante nationale de la lutte. Je peux servir la lutte autrement.
 
Serigne Modou Niang se prépare-t-il à arrêter d'être un promoteur de lutte dans un futur proche ?
Depuis très longtemps, je suis dans ce milieu. J'adore la lutte et je suis dans le milieu par «natou Yalla». Donc, pour le moment, je suis encore dans l'arène pour continuer à offrir des combats aux amateurs de ce sport. Alioune Sarr, Gaston Mbengue, le président Bassirou Babou sont mes oncles dans l'arène. C'est eux qui m'ont devancé dans ce milieu.
 
Le ministre des Sports est pour la reprise des combats, mais à huis dos. Etes-vous partant ?
Pour moi, le huis clos n'est possible que si l'État appuie financièrement les promoteurs. La billetterie représente entre 60 et 70% de l'économie de la lutte. Donc, si on élimine la présence du public sans compensation financière de l'État, comment pouvons-nous rentabiliser nos investissements ? Ce n'est pas possible. Si c'est bien possible, les promoteurs n'ont qu'à tenter d'organiser à huis clos sans aucun soutien de l'État.
 
Avez-vous déposé les budgets prévisionnels de vos différents galas de lutte avec frappe, pour le compte de la saison 2020-2021 ?
Oui, je l'ai fait. Tous les promoteurs se sont exécutés. Nous travaillons sous l'égide du CNG de lutte, qui est un démembrement du ministère des Sports, donc de l'État. Le CNG nous avait ainsi demandé de présenter nos budgets prévisionnels, on l'a fait volontiers.
 
Quelles sont vos attentes par rapport à la nouvelle équipe dirigeante du CNG ?
Je sais qu'il est difficile de faire ce qu'Alioune Sarr a fait. Mais, je demande à Bira Sène et son équipe de beaucoup bosser pour y arriver. S'ils redoublent d'efforts, il est évident qu'ils réussiront à faire mieux que l'équipe sortante. Je suis entré dans l'arène très jeune. On m'appelait le jeune promoteur. Aujourd'hui, je suis avec mes neveux, fils et jeunes frères. Ils sont, eux-aussi, en train de jouer leur partition.
Par Abdoulaye DEMBÉLÉ
Sunu Lamb n° 4489 du 9 janvier 2021












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